TRANSGRANCANARIA 83 KM

Je marche sur la ligne verte de la vie. Courir à 7h du matin au bord de l'océan atlantique sur une plage de sable infinie , le vent ,les nuages, les rayons de soleil qui percent et viennent éclairer Jonathan le goéland qui joue sur les vagues. J'entends la musique de Neil Diamond. Un autre morceau dans la playlist de ma calebasse celle de JJ Goldman << Le Coureur>> mais je n'ai pas le niveau pour rentrer le soir quand les vagues auront renoncées à mon défi . Ah c'est le pied! l'environnement, la lumière, mon palpitant vibre bien et ce n'est pas dû qu'au footing. Je crois que l'on parle d'un rayon vert extrêmement rare sur l'océan ? Voilà l'espace et la liberté faire partie des éléments s'y fondre , ne pas s'imposer.

J'en arrive au Trail, ce sport est un condensé de voyages, d'aventures, de rencontres, d'exploration et surtout d'émotions. Il permet en quelques heures, parfois un peu plus, de nous échapper de la société de consommation, de nos vies surbookee, de nous trouver face à nous-mêmes,pas de triches, pas de fausses apparences, Ce qui compte ce n'est pas d'aller à l'épuisement, on ne vas pas chercher la souffrance, la vraie on ne l'a choisie pas . C'est plutôt d'aller dans notre coin le plus reculé, celui qu'on ne connaît pas encore mais qui fait ce que nous sommes et permet de mieux se connaître,d'être plus fort alors que nous sommes si faible. Le Sanskrit a mis un nom sur cet état <<Kundalini >> (énergie s'enroulant autour de la colonne vertébrale,la puissance véritable qui est emmagasinée en chaque être, la mère du bonheur universel, si nous savons seulement nous en approcher)c'est tout un monde qui demanderait beaucoup plus d'explications, mais c'est pas le sujet.

Ce qui compte c'est de croire en soi, la seule qualité que je me reconnaisse dans le sport c'est l'endurance, c'est cette confiance qui me permet de me présenter à la Transgrancanaria de 83 km pour 4300D+, alors que la raison aurait dû m'incitait au contraire. Mais cette endurance qui fait ma force est certainement ridicule par rapport à une grande partie du peloton. Peu importe puisque j'y crois...

Hé ! Vous savez que le code couleur du dossard du 83km est vert! Ce dossard est magnifique, c'est pas possible que je ne termine pas la course si je veux pouvoir le garder . Le bus part à 4h du matin...longue ou courte nuit? J'ai une grande facilité à m'endormir généralement il suffit que je m'allonge. Paraît que c'est précieux, mais pas de suite, ce soir , je gamberge. St Exupery parlait de ces nuits d'attente dans un silence absolue perdu dans le désert, il les peuplait de son imagination magnifique , de tribus nomades en rébellion faisant des razzia, de myriades d'étoiles et de petites histoires humaines, profondément humaine. Certains livres, certaines pensées nous rendent meilleurs ou plus fort aussi, je me projette, je rêve, je m'enflamme, je me sens prêt. Montrez moi un levée de soleil dans les montagnes d'une île volcanique perdue dans l'océan atlantique, ce soir je le verrais se coucher sur l'horizon des vagues ,allez en route il y a du chemin... Je suis tellement juste dans mes préparatifs que je suis vraiment juste, 4h05 du matin je sors de mon appart c'est pas loin...je vois 2 bus rouge passés, j'y serais mais pas questions de courir. Oups les 2 bus rouge sont pleins, nous sommes une dizaine en rab, un autre bus doit arriver...pour les retardataires! Il est vert , fais pour moi ou quoi? ah cette ambiance, certains visages sont fermés, d'autres, en groupe rigole, une heure à patienter, je m'assois, il fait frais. Je suis étonné de voir beaucoup de boue sur les coureurs du 120 km. Nous partons sur un fond sonore ACDC, la libération, pas longtemps, le premier kilomètre est un gros bouchon, nous sommes immédiatement sur un monotrace évidemment ça passe pas! Puis, une section de route descendante, le relatif silence se transforme en un peloton martelant le sol,roulement de tambour fait d'énergie, ce bruit me donne des frissons j'adore ça. La première partie de 14km à un profil facile mais en faite on fait 500m D+ , tout est humide je ne m'attendais pas à ça.La course commence ici, le gros du dénivelé mais je me sens bien et je me connais, je suis conscient de mon entraînement et à l'écoute de mon corps. A un moment nous avons basculé dans un autre climat, de l'humidité nous sommes passés à des forêts de pin des Canaries ( espèce endémique) aux longues aiguilles, le paysage est parsemé de blocs de roche rouge, c'est beau. Voilà notre cadeau, nous apercevons à travers ce paysage magnifique une longue vallée, puis l'océan et comme flottant dessus le Teide, pic culminant de l'Espagne à 3718m avec ses neiges éternelles sur l'île de Tenerife. C'est splendide, panorama magique dans un décor de végétal et minéral , parfois ( assez souvent en fait) la nature crée des chef-d'œuvre . Nous n'avons plus ce contact avec la terre, avec les éléments,les odeurs, nous ne prenons plus le temps de les ressentir. Vous est il déjà arriver après plusieurs jours passés en montagne de ressentir vos sens s'éveiller ? D'être plus sensible? De remarquer la végétation, des animaux qui étaient là dès le premier jour mais invisibles à nos yeux ! Le Wilderness ( pour un mot Anglophone je trouve qu'il représente bien ce concept de nature sauvage).est un espace de vie, un révélateur, un éducateur violent et sans pitié envers nos faiblesses et parfois en de rares occasions nous procure une grande exaltation par la grâce d'un simple détail, un jeu de lumière, une fleur, une odeur qui nous fait sentir épanouie, en harmonie avec l'univers ou simplement présent. C'est ce présent qui compte dans notre course, être là,concentré ,vide ou ressentir...on dit que les jardins Zen sont fait dans ce but , que le bruissement du gravillon sous nos pas, que la planche de bois recouverte de mousse glissante ,que la porte trop basse ...que tout est réalisé pour qu'on soit là . Apprécier, un mot que j'aime bien. Bientôt j'irais au Japon , le comté de Nara au printemps pour la floraison des Cerisiers,la beauté et l'éphémère mais c'est un autre voyage. Bon moi je vais commencer à moins admirer et à peiner car devant moi c'est la descente, une autre affaire. C'est raide et caillouteux, très raide et impossible ( pour moi) de courir, mes pieds commencent à brûler, chaque appui est sensible, on dit qu'il faut voler au dessus, être léger, des qualités que je n'ai pas et je le paie au prix fort, au vu de l'état de mes pieds le soir. Mais je sais déjà que j'en viendrais à bout, dans ma tête plus de doutes je suis prêt à marcher des heures à serrer les dents ,à me faire doubler , je ne fais pas la course contre les autres mais seulement contre moi.

Je tape la discute avec quelques compagnons, mais j'ai du mal à suivre le rythme il est hors de questions d'en changer, tant pis j'avancerai tout seul. Les derniers kilomètres ont l'air facile sur le papier mais à ce moment-là rien n'est donné , les organisateurs nous font passer par des lits de rivières asséché, un enfer de galets roulant sous nos pieds faute d'un torrent de montagne, j'ai la haine ! Franchir cette ligne d'arrivée, merde je l'ai fait? Comment ça se fait qu'elle n'est pas verte ?C'était pourtant très loin d'être dit d'avance, où sont les pom-pom girls ?la fanfare? Il n'y a personne? Personne ne vois ce que je ressens? L'épuisement total, la lassitude, les douleurs de chaque pas...Ah oui j'oubliais que je ne suis pas le centre du monde, pourtant malgré cette profonde fatigue, je me sens pas peu fier , le job est fait , c'est toujours bon de réaliser ce qu'on s'est fixé. demain après une bonne nuit de sommeil j'irais dans le SPA d'un palace pour un massage Suédois puis me prélasser dans des bains d'eau glacée et si je trouve un thé matcha je m'en sniferai une ligne verte...

L'histoire du Spartathlon

spartathlonSpartathlon - Sparte / Athènes - 246 km
Nous vous présentons dans ce document pour la première fois une épreuve qui ne se déroule pas en France mais qui présente un intérêt considérable pour les amateurs de grand fond.On peut même parler de mythe pour ce Spartathlon et les quelques Français qui figurent au palmarès méritent bien cette publication pour mettre en valeur leur carrière. Les témoignages de Gérard Stenger et de Guy Briche enrichissent cette étude d'Yves Seigneuric qui présente également l'intégralité des participants français.
SUR LES PAS DE PHIDIPPIDES
Hérodote, le père de l’histoire, nous raconta ce que fut le périple de l’hémérodrome (porteur de message), Pheidippides ou Phidippides et encore Philippides qui, en 490 avant JC, fut chargé par les chefs athéniens de se rendre à Sparte pour solliciter l’aide de Léonidas Ier, Roi de la grande cité rivale. C’est la recherche de l’histoire, cette dame respectable conservant l’exploit du héros de l’Antiquité. Nous sommes aux temps des Guerres Médiques alors qu’Athènes était menacée par les armées Perses de Darius. Hérodote précise que Phidippides dut accomplir un périple de 1140 ‘’stades’’ soit 246kilomètres, et qu’il parvint à Sparte le lendemain de son jour de départ à Athènes. Sa mission accomplie, il aurait participé à la bataille de marathon et désigné pour porter le message de la victoire à Athènes où il mourut d’épuisement. Il est reconnu héros victorieux que l’on fête en Grèce à l’occasion du Spartathlon. Qu’importe si l’histoire contée s’attache à ses faiblesses, ses doutes et ses erreurs. Phidippides un ancien champion olympique, à l’égard duquel nos fiers lettrés ont bien peu de respect pour ce valeureux précurseur. Edgar Paterman, Autrichien érudit et l’un des concurrents du premier Spartathlon nous a assuré que Plutarque cite Diomédon, soldat dévoué mais mal entraîné. Ainsi Diomédon sera mort deux fois pour entretenir une légende que notre hémérodrome ne songeait point lui ravir. Confusion pernicieuse guidée par nos choix significatifs d’un besoin de fin tragique pour reconnaître le héros. Qu’importe la victoire, l’essentiel est de participer.

Document à découvrir sur le site de la CDH, en cliquant ici

Site de l'organisation du Spartathlon

Vayson Christophe

Bravo à Christophe pour ses beaux résultats. Au pied du podium sur le triathlon et surtout sa merveilleuse médaile d'or sur la natation 2400 m !

Solu Khumbu

solukhumbu2Assis sous un énorme Jacaranda, habité de quelques corbeaux, entre 2 tiges de Poinsettia j'aperçois au loin un pic blanc de l Himalaya. Un havre de paix dans cette ville si agressive... Katmandu, l'un des 3 K des villes de perdition de l'époque Hippies, refus de l'aliénation matérialiste, révolte non violente et quête du bonheur. Les temps ont bien changé, aujourd'hui ville bruyante, polluée, sale, elle est repoussante à son premier abord mais les roses poussent dans le purin. L'hindouisme vénère autant la création que la destruction. Tout est lié, ils sont indissociables, nous ne sommes pas préparés à ça...
Ville étape de montagnards, randonneurs et sportifs en quête de nouveaux territoires où s'amuser. C'est ce que nous allons faire, groupe de 57 coureurs, chacun accompagné par un porteur qui mènera nos affaires à l'arrivée. 300 Km + 20 000 m (217 Km 15 000 m positif en compet + les liaisons) en 12 étapes dont 5 jours à plus de 4 000 m d'altitude, 4 cols à plus de 5 000 m dont le point culminant le Kalapatar à 5 640 m.Voila ce que nous offre Dawa Sherpa, une course dans son pays, dans sa vallée, parmi les siens, les Sherpas peuple fier qui s'est bâti une réputation mondiale sur leur force, leur courage, leur résistance et leur joie de vivre. Nous en prendrons de grandes leçons d'humilité.

Peu d'entre nous ont des connaissances dans le groupe et c'est l'un des facteurs de réussite, l'intégration car dès les premiers jours nous avons pris conscience que nous aurions besoin de cet atout supplémentaire que nous avions à peine soupçonné, la force du groupe, sa solidarité, le rêve ou le défi commun. L'enthousiasme, la fraîcheur, l'expérience, la force de certains viennent compenser les doutes, les angoisses, les défaillances des autres. Les questions du matin, sur le sommeil, sur la récupération, sur nos têtes bouffies, sur le nombre de fois où on s'est levé pour aller dans des lieux emplis de poésies Himalayennes, oui cela aide, on se sent moins seul...
La course est partie vite, le niveau est haut et dense, bien sûr les Népalais et Népalaises seront au dessus du lot dès que l'on sera en altitude, ils sont acclimatés et connaissent le terrain, seuls les meilleurs réussiront à prendre quelques places dans les 10. Je regrette de ne pas les avoir vus dans les descentes, il paraît que c'était un spectacle en soi, agilité, souplesse et dynamisme et en plus ils s'amusaient en criant comme des gamins. Par contre, je les ai vus grimper : droit dans la pente ! Le soir, ils débordent de bonne humeur et d'énergie pour nous servir à table à force de More rice More soupe qui deviendront des cris de ralliement au repas. Quand tout ça est fini, ils se mettent à chanter et à danser ?! Moi, il y a quelque chose que j'ai loupé à la naissance, c'est pas possible ! Les 2 médecins de course ne cessent de nous mettre en garde sur la dette en oxygène, en clair nous allons payer cash les efforts de la première semaine lorsqu'on sera a + 4 000 m. Les enfants, malgré les mises en garde se brûlent toujours les doigts sur le feu.

Nous courons au Népal, nous existons et nous en prenons plein les yeux, les sourires, les encouragements, les scènes de la vie quotidienne emplissent nos désirs avides de ces contacts. La traversée des villages est source de curiosité et de divertissements. Les touristes, ils y sont habitués mais des touristes qui passent en courant, ce doit être encore assez original. Voir ces forçats des chemins transportant des charges improbables, cette femme avec un frigo sur le dos, cette fillette devant sa maison isolée attendant de vendre ses quelques canettes de sodas, faire un bout de chemin au son des sifflements des Tibétains conduisant leur caravane de yacks, se voir offrir des biscuits au visage souriant par des nonnes et partout autour de nous des lungta, des mani, des stupa, des rouleaux à prières, tout ça est un rappel, afin que chaque élément, chaque force de la nature, vent, eau, feu, pierre soient des incitations à la prière et à l'altruisme. Enfin, lorsqu'on lève les yeux, ce sont des pics enneigés qui barrent l'horizon, oui, tout ça file le frisson et bien plus.

La météo, elle, n'en a rien à faire de nos attentes : la brume, l'humidité, le froid viennent saper notre moral. Au début on s'en moquait bien, mais sans que l'on s'en rende compte, un autre acteur s'est immiscé dans notre groupe. Il faut l'accepter mais insidieusement, le froid et l'humidité ont eux aussi commencé la course.
Cette première semaine dans le Solu a été celle de la découverte de la moyenne montagne et ses villages, de notre adaptation à ce milieu différent, à notre alimentation, au climat qui ne nous a pas épargnés (sans la pluie ). La fatigue se fait sentir mais l'excitation de rentrer dans le costaud de la course nous anime.
Nous arrivons dans le Khumbu, l'altitude, l'hypoxie, la terre inconnue. Si la première semaine nous a entamés, le pays Sherpa va s'occuper du reste de nos forces. Nous regardons chaque soir ce qui nous attend le lendemain en se demandant si nous allons réussir à dormir. La toux, les insomnies, les maux de tête sont nos nouveaux compagnons , le froid étant très fidèle.

Le premier col à 5 300 m est le Rinjo Pass, le ciel est enfin dégagé mais à cette altitude ça ne veut pas dire chaleur, de plus la montée se fait à l'ombre, une ombre glaciale que l'effort physique fourni pour grimper ces énormes blocs servant d'escaliers (qui a posé ça ici ?) n'arrive pas à compenser. L'altitude et son manque d'oxygène se font sentir, j'ai beau appuyé, poussé, j'ai des jambes en coton. A chaque volée de marche à chaque rayon de soleil, je dois récupérer. Le col est là, juste au-dessus de moi, plus grand chose mais c'est dur, j'arrive complètement à bout. Ce n'est pas un col mais une porte sur l'Himalaya, ce coeur qui battait si fort pour tenter de fournir l'oxygène raréfiée à mes muscles, voilà qu'il explose et que sa fonction vitale passe pour secondaire. Devant moi l'un des plus beaux panorama qu'il m'ait été donné de contempler, éclatant de blancheur, ciel transparent, lac émeraude à mes pieds. La fatigue physique s'est déjà occupé des protections de notre quotidien, c'en est trop pour moi, me voila secoué de sanglots que je ne peux retenir, émotion brute...

La descente se fait dans un état de rêve, mais la réalité du parcours est terrible il faut remonter à 5 300 m le Gokyo Ri ( RI veut dire pente, mon oeil, les pentes c'est chez nous, ici faut trouver un autre nom !) J'explose, seule la beauté des lieux me fera repartir encore et encore. Le sommet est fabuleux et l'étape... ouah, perso, c'est pour ça que je suis là, j'attendais le Kalapatar, mais on ne prend pas de RDV avec ce genre de choses, la pompe à émotions, le palpitant, tape plus largement.
Bienheureux ceux qui font des nuits entières, encore une fois la récupération et l'acclimatation sont les maîtres mots de cette épreuve, mais il y a une compensation pour les insomniacs. Se lever à 2 h du mat nous plonge dans un autre décor, un silence qui hurle, le tintement des cloches de yack sonne comme le drilbu (clochette de rituel représentant la conscience de la vacuité et de l'éphémère) froid qui lacère, ciel transparent, ombre bleue, clarté de lune. Spectacle envoûtant et lorsqu'on rentre dans son sac, il faut reprendre son souffle.
Le troisième jour à 4 900 m, les organismes sont très marqués, hier 4 de nos compagnons ont du redescendre malgré une étape neutralisée et aujourd'hui 2 autres ont eu des défaillances les obligeant au même chemin. L'atmosphère du lodge tient plus de l'hôpital de campagne, médecins et kinés ont fort à faire dans un concert de toux. J'ai mal au crâne, l'impression d'avoir un poids à l'arrière, pourtant je suis certain que mon cerveau est plus léger que ça ?! Demain, c'est le KalaPatar, notre point culminant, 5 550 m (5 640 m sur les GPS) RDV avec l'Everest, rien que de l'écrire ça le fait ! Mais la météo nous fait des tours et il faut une fois de plus progresser dans le coton. Il paraît que l'altitude a un effet sur le moral, que cela rend amorphe et fait oublier nos motivations, je crois que nous en avons eu un petit exemple. Certains se demandaient l'intérêt de grimper pour voir des nuages mais peu importe c'est une sorte de ligne d'arrivée, un objectif, il faut être un peu têtu, oublier le confort, un peu bourrin quoi ! Nous serons récompensés par de belles éclaircies sur Sagarmatha.
Nous redescendons, fini l'altitude, bonjour l'oxygène et naturellement les jambes fonctionnent mieux, depuis 4 jours chaque bosse me coûtait et voilà que d'un seul coup, tout va mieux. Rien ne vaut une bonne nuit de sommeil, une journée ensoleillée et l'une des plus belles étapes de la course. L'Ama Dablan a une sacrée classe, la vallée que nous descendons lui sert d'écrin, parsemée de stupa, les Sherpas ont le sens de l'esthétique. Nous courons dans un décor de rêve, j'ai l'impression de faire du fractionné, je cours et je m'arrête pour prendre des photos. Certains porteurs courent avec moi, ils sont joueurs et dans leurs yeux, j'y sens un défi sympathique.
Namche, capitale du pays Sherpa, grand bazar pour les Tibétains qui passent par le Nangpa La, ils viennent y vendre leur camelote chinoise de contrefaçon qui a remplacé la laine, le sel, les pierres semi-précieuses des caravanes d'antan. Ce sont des gens robustes et rustiques qui ne bénéficient pas d'une bonne réputation localement, mais ils ont fière allure malgré leur dépouillement, visage taillé à la serpe, les joues tannées par le soleil, le froid et le vent, des boucles d'oreilles en os de yack ou de turquoises et les cheveux tenus en chignon. Les Chinois en 2 générations n'ont toujours pas réussi à les mater. Notre arrivée en surplombant la ville est spectaculaire, je sais que la fin est proche et je me répète inlassablement où je suis.
Dawa nous accueillent, il a récupéré lui-aussi. Il s'est mis à notre service, nous apportant sa bonne humeur, ses compétences, son expérience. Il a été devant nous en se levant à 2h du matin pour aller tailler la glace à 4 000 m sur les marches qui risquaient d'être périlleuses, il a été parmi nous pour nous parler des endroits qui lui tenaient à coeur, au monastère où il a étudié, au lac sacré où il a vu ses voeux exaucés, chez sa famille où l'accueil avec les pommes de terre sauce poivre du Sichuan restera graver, il a été derrière nous pour aider ceux qui allaient un jour moins bien et il en a même profité pour faire un peu de ménage dans la montagne. Je ne crois pas que "merci" soit le mot adapté, mais il faut qu'il sache que tout ce que j'ai pu vivre durant ces 15 jours, je l'ai pris, c'est bien au chaud, tout.... son staff a sacrement bien assuré, même des personnes qui n'étaient pas là pour ça au départ. Hommage à tout notre encadrement qui se sont accrochés pour faire les mêmes étapes que nous en prenant des photos, filmait ou qui le soir venu, massait, strappait, soignait. Respect.
Dernière étape, départ à 5h pour éviter l'heure de pointe du trafic de yack sur les ponts suspendus (vu la masse et le cerveau il est prioritaire). L'altitude est oubliée, il ne nous reste que les effets positifs, tout le monde a envie de se faire plaisir et ça descend...
C'est un joli comité d'accueil qui nous attend à Lukla, je reçois l'accolade de Dawa, ma petite acclamation, le kathak, le tika, l'émotion est là mais trop de monde pour qu'elle puisse sortir. Il y a dans ce cérémonial quelque chose de nécessaire, le rituel est là pour nous dire : c'est fini. Nous n'aurons plus cet inconfort, ce décalage indispensable à tout voyage qui accentue notre sensibilité. Nous n'aurons plus toutes ces petites choses qui ont constitué notre quotidien pas si ordinaire et qui nous le croyons, ne nous manqueront pas. Nous n'aurons plus ces moments uniques sur ces chemins où l'on sent toutes les fibres de son corps secouées par ce frisson qui monte d'on ne sait où. Notre vie de groupe, notre amitié naissante dans ce pays lointain, je le souhaite, continuera sur les courses de nos régions et ce sera un grand plaisir de vous revoir.
Ce qu'il nous restera de ces jours de courses au Népal au-delà de nos rencontres, Nicolas Bouvier le nomme : Les caillots ensoleillés de la mémoire.

Eco-Trail Paris

ecotrailparisVoici un compte-rendu bien sympathique de Rui, triathlete, qui pour son premier trail c'est lancé sur la Tour Eiffel .
Chaque année, je me fixe un "gros" objectif sportif en triathlon ou duathlon. Pour cette année 2012, j’ai décidé de me frotter au (long) Eco-Trail de Paris : 80 km dans les forêts d'île de France.
Après une coupure hivernale en décembre, j'ai repris l'entraînement au 1er janvier avec ce seul objectif en tête. Cet entraînement m'a permis de revenir à bon niveau et c'est donc confiant que j'arrive sur la ligne de départ le jour J.
Le parcours est découpé en 4 portions, séparées par des ravitaillements (Buc au 22.6 km, Meudon au 45éme km, Chaville au 54.6 km et Saint-Cloud au 67éme km). C'est une des particularités du trail, il faut transporter assez d'eau pour s'hydrater suffisamment jusqu'au ravitaillement suivant, problème facile à gérer dans le triathlon.
Le dénivelé se situe principalement entre le km 23 et le km 63. Il est donc normal d'aller un peu plus vite sur cette portion mais il ne faut pas se griller. Je m'impose donc de ne jamais dépasser une allure raisonnable de 10 km/h et je m'y tiens. J'arrive au ravitaillement de Buc après 2h10 d’effort. J'avais correctement calculé le volume d'eau à embarquer car je me retrouve avec ma poche d'eau presque vide au ravitaillement. C'est impeccable. J'avais cherché à optimiser le volume d'eau emporté afin d'avoir ce qu'il faut, tout en ayant le sac le plus léger possible.
Une fois Buc passé, le parcours change. Les difficultés commencent avec de grosses montées bien abruptes. Durant 22 km ça ne va être qu'une alternance de montées et de descentes. Tout le monde marche dans ces montées. Je m'hydrate avec de la boisson énergétique et ça passe.
C'est ainsi que j'arrive plutôt bien et avec le moral au ravitaillement de Chaville au km 54.6. La nuit tombe justement à mon entrée dans la zone et le speaker demande à ceux qui continuent de s'équiper maintenant de la frontale. C'est la première chose que je fais puis je vais remplir ma poche à eau. Il faudra tenir jusqu'au 67ème km alors je fais bien attention à la remplir à fond. Tout cela me prend un peu de temps alors je me suis refroidi et avec la nuit tombée, la température a baissé. Tout d'un coup, je passe de la chaleur au froid. Je suis pris de violents frissons et je n'ai rien pour me couvrir si ce n’est (merci ERIC) le coup vent, il devait faire 18°C à Paris. Avec cette température un simple tee-shirt suffit. Mais ce que je n'avais pas pensé, c'est qu'en forêt il fait plus frais.
Au 63ème km, on entre dans le parc de Saint-Cloud. Arrivé là, je suis en mode "on pense à rien et on avance". Je commence à être fatigué par ces plus de 60 km passés et je ne suis pas encore dans l'excitation la fin de course car il reste plus de 15 km à parcourir. En fait, j'ai hâte d'arriver au ravitaillement de Saint-Cloud afin de descendre sur les quais et de sentir la tour Eiffel qui se rapproche.
C'est après 8h10 de course que j'arrive à ce dernier ravitaillement. Ce moment est assez grisant. Après tant d'heures passées sur les chemins d'île de France, on sent que l'arrivée est proche, qu'on va avoir le droit de grimper jusqu'au premier étage de la tour Eiffel. Ces pensées positives m'envahissent et je ne suis pas loin d'avoir les larmes aux yeux. Dans ces situations, tous les sentiments sont exacerbés. Par rapport à mon chrono et au nombre de kilomètres restants, je calcule que je peux espérer passer sous les 09h30 si j'arrive à maintenir un rythme de course.
L'ambiance est très bonne sur cette fin de course. Les voitures klaxonnent et les fenêtres ouvertes nous lancent des bravos d'encouragement. Les passants sont tout autant chaleureux nous encourageant par notre prénom inscrit sur le dossard. Ce sont des moments intenses quand on sent qu'on touche au but. Quant à l'arrivée elle-même, c'est carrément la fête. Beaucoup de monde pour nous acclamer. J'entame la montée jusqu'au premier étage de la tour Eiffel. Je pensais ce moment difficile mais l'excitation est telle que je ne pense plus du tout à la fatigue. Je monte les marches deux par deux et je vais même doubler un coureur dans cette ascension que j'encourage au passage. Tout d'un coup, au détour d'un escalier, je vois le panneau "1er étage". Le temps est passé vite, j'y suis !!! Enorme émotion ! Je suis tellement heureux. Je lève les bras de bonheur, le sentiment d'avoir réalisé mon petit rêve du jour. Je termine cet Eco-Trail après 09h46 de course.
Dans l'ascenseur qui me ramène au pied de la tour Eiffel, je repense à mon envie de pratiquer avec plus de « rage » la course nature (déjà un nouveau RDV se profile avec le trail l’ardéchois le (57km) 28 avril 2012).
Merci à tous pour les encouragements en particulier à ESPRIT COURSE au travers des personnes d’ERIC et de MARC pour leurs attentions et conseils en équipement et nutrition dans la totalité de ma préparation.